Bitcoin, la monnaie qui dérange

Les récents soubresauts de la valeur de change du Bitcoin (BTC) ont conduit les médias et les politiques et les à s’intéresser de plus près à ce phénomène. Un conseiller national a récemment déposé un postulat demandant au conseil fédéral d’étudier le sujet. Les banques nationales frémissent face à cette concurrence malvenue en période de politique monétaire “accommodante”. Ainsi, la banque de France se fend d’un communiqué mettant en garde contre les dangers de la monnaie virtuelle. Les banques commerciales ne sont pas en reste, biberonnées en particulier par la FED, elles s’attaquent frontalement à ceux qui oseraient réaliser des transactions avec des Bitcoins. En résumé, pendant que les acteurs politiques s’interrogent, la nomenklatura de la haute finance s’active à présenter le Bitcoin comme l’incarnation du diable et s’apprête à utiliser toutes ses munitions pour le descendre en flèche.

bitcoin-batman

Avant que la pléthore de fonctionnaires fédéraux bardés de diplômes ne réponde au postulat susmentionné, il risque de s’écouler quelques mois, voire des années. Ainsi, regardons de plus près les craintes du politique et tentons d’y répondre plus rapidement. Le postulat suppose que le Bitcoin est très volatile, faciliterait le blanchiment d’argent, menacerait le système financier et fonctionnerait selon une pyramide de Ponzi. Un blogueur libéral répond déjà partiellement à ces accusations en un paragraphe:

Autre grief : cette vilaine monnaie alternative ne garantirait d’aucun remboursement lors d’un achat, serait utilisé par des mafieux, peut être refusée lors d’un achat par un commerçant suspicieux (si, cela existe !) et surtout, alimenterait la spéculation. Il est vrai que le non remboursement lors d’un achat en euro, cela ne s’est jamais vu, que les billets de 500€ ne sont jamais utilisés par les gangs de trafiquants divers, que ces mêmes billets sont acceptés partout en zone Euro (mais si, c’est l’article 642‑3 du Code pénal qui le dit, et d’abord on ne peut pas le refuser nan mais), et qu’il n’y actuellement aucune spéculation à la hausse ou à la baisse sur l’euro comparé au dollar, au yen ou à la livre anglaise. Vraiment, ce bitcoin est très particulier.

Reste à répondre à la problématique supposée du “jeu de l’avion”. Le Bitcoin est une monnaie déflationniste. Elle est souvent comparée à l’or qui possède cette propriété dans le sens que la création monétaire infinie est impossible. Le précieux minerai existe en une certaine quantité sur Terre, il deviendra de plus en plus difficile de trouver de nouveaux filons à miner jusqu’au jour où les stocks auront été intégralement extraits. Il en va de même pour le Bitcoin dont le nombre maximal est connu: 21 millions, ni plus, ni moins.

Cependant, ce nombre maximal, tout comme l’or, doit être miné. C’est ce processus de minage, entre autres, qui qualifie le Bitcoin de “cryptomonnaie”. Effectivement, pour pouvoir obtenir un Bitcoin par minage, votre ordinateur va devoir résoudre une série d’exercices cryptographiques. Ces exercices, en terme de puissance de calcul nécessaire, étaient faciles à résoudre pour extraire les premiers BTC et deviennent de plus en plus difficiles. Tout comme une mine d’or est plus facile à exploiter au début qu’à la fin. Cette augmentation de difficulté est naturelle et sa courbe est connue publiquement. Elle a été implémentée génétiquement par le créateur du Bitcoin et n’est pas modifiable.

Ainsi, il est vrai que les nouveaux arrivants auront plus de difficultés à obtenir des Bitcoin. Cependant, il n’y a pas d’enrichissement des premiers mineurs, ou du créateur du système, aux dépens de nouveaux mineurs. Ceux qui ont pu acquérir leurs premiers BTC en quelques heures il y’a deux ans, quand l’exercice cryptographique était très simple à résoudre, se retrouvent aujourd’hui devant les mêmes difficultés que les autres pour miner des nouveaux BTC.

En réalité, la nature déflationniste et décentralisée du système Bitcoin le rend complètement étranger aux mécanismes d’une pyramide de Ponzi. On ne peut pas en dire autant de nos monnaies d’Etat, réputées sûres et régulées, mais contrôlées par une entité centrale au sommet très accommodante avec les premiers arrivants que sont les banques et qui ne paient pas le contrecoup de l’inflation, à la différence des citoyens en bas de l’échelle.

Tout comme l’échange “peer to peer” de fichiers devrait amener l’industrie culturelle à revoir son modèle, le Bitcoin, pour autant qu’on le laisse vivre, devrait conduire les acteurs de la finance à s’adapter à un “nouveau” paradigme monétaire plus sûr et plus fiable que l’actuel. Internet est une technologie dont l’évolution permet de réduire drastiquement le nombre d’intermédiaires commerciaux. Si Bitcoin n’y parvient pas pour la monnaie, suite à une réaction de peur des Etats, vous pouvez être certain que d’autres y arriveront plus tard, ce n’est qu’une question de temps.

Cet article a été publié dans Economie, Politique générale.
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Un commentaire

  1. Publié le 20 janvier 2014 à 9:47 | Permalien

    Bon article !
    Effectivement je crois qu’il y a un très bon parallèle à faire entre le bitcoin et l’or.
    Il y en a une quantité finie.

    C’est le principal défaut que je vois à cette monnaie. Elle ne pourra pas s’adapter au volume des biens et services vendus.

    C’est bien pour cette raison que l’étalon or a été abandonné dans les années 1970….

    Mais bon, jusque là il a bien fonctionné ce modèle. Et est-ce que le modèle qui l’a remplacé est mieux ? (modèle argent-dette)…
    … Non… pas du tout, il est pire !!
    Il faut créer des dettes pour avoir de l’argent… et donc en rembourser la dette en ramenant plus d’argent… mais on va le chercher où ?… et bien il faut en créer.. et avec le même mécanisme ! … donc à la longue… on crée des dettes et toujours plus de dettes… et on ne peut pas s’en sortir !

    C’est aussi du à l’article 11 de la lois sur la BNS qui interdit à celle-ci de financer l’état par des prêts sans intérêts comme on le faisait avant.
    Du coup.. que faire… L’Etat n’a pas le droit d’utiliser son propre argent.. il va donc utiliser un substitut monétaire proposé par toutes les banques.

    Le conseil fédéral lui même, dans une réponse à l’interpellation 12.3305 de Geri Müller nous dit que n’importe quelle entreprise à le droit de créer une monnaie privée:
    « Conformément à la conception du secteur privé ancrée dans la Constitution, la croissance des substituts monétaires est laissée à la libre appréciation des marchés. »

    … et comme toute entreprise privée.. elle fait du profit.. donc il y a des intérêts à payer pour créer de l’argent.

    Bref… le système actuel est pourri… pourquoi ne pas proposer à l’Etat d’utiliser des bitcoin, et d’accepter le bitcoin comme moyen de payement des impôts ?
    .. moi je suis pour ! .. Je ne vois pas pourquoi je peux payer en monnaie scripturale de l’UBS.. de postfinance… et pas en bitcoin ?

    Pour compléter ce que dit le blogueur libéral dans l’extrait ci-dessus, il nous dit que les euros doivent être accepté partout en zone euro… et bien en suisse, les moyens de paiement légaux sont: selon l’art 2: LUMMP (Loi sur l’unité monétaire) les espèces métalliques, les billets de banque et les avoirs à vue auprès de la Banque nationale suisse (BNS).

    Donc pas les monnaies privées scripturales des banques privées.. personne n’est tenu d’accepter en paiement un virement qui vient de mon CCP.

    Donc le bitcoin n’a rien à envier à ces substituts monétaire que l’on utilise si souvent.

    Pour l’accusation de chaine de ponzi. Il est vrai que les personnes qui ont eu des bitcoins en premier on eu plus de facilité….. mais un entrepreneur ou un financier spécialisé en capital risque vous dira qu’il a pris plus de risques ! Le risque que cette monnaie ne prenne pas !

    … et en fait le système à argent dette que j’ai décrit ci-dessus. Il favorise pas les premiers venus non plus ??
    En 1970, les Etats n’avaient aucune dettes… et maintenant des milliards… je suis né, j’avais déjà une dette.. et un nouveau né actuel en a encore plus….
    Vivre à crédit est un mode de vie actuellement… et quand on voit ce que l’on fait avec les ressources naturelles, c’est pareil…

    Donc le bitcoin, ne fait pas mieux… mais, de loin, il ne fait pas pire !

    Le principal défaut que je vois avec le bitcoin, mais c’est aussi ce qui a fait son succès, c’est que la principale utilisation de cette monnaie, c’est la spéculation. Pourquoi les gens achètent du bitcoin ? … C’est principalement pour le revendre plus cher… pas pour aller acheter un pain au chocolat à la boulangerie du coin de la rue.

    A mon avis, le rôle d’une monnaie c’est de soutenir l’économie réelle. Pas de faire un moyen de plus de jouer à la bourse… il y en a déjà assez.

    Il faut savoir que 97% de la monnaie en circulation dans notre économie globalisée sert déjà à des échange de spéculation. OUi, le trading haute fréquence, ça en fait des volumes de transaction monétaire !

    … donc quand une banque centrale injecte de la monnaie pour sauver l’économie réelle… c’est seulement 3% de cette masse monétaire qui fait son boulot… gloups…

    En ce qui concerne l’argent des mafia…. il est connu qu’aucune organisation louche n’a jamais mis son argent en suisse.. :P

    bref.. le bitcoin est décrit comme le diable….. mais avant d’aller faire le ménage ailleurs.. il faudrait peut être améliorer notre propre système Suisse !! non ?

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