Université automatique: Démocratisation des études ?

Le 5 mars dernier, le MIT (Massachusetts Institute of Technology) innovait dans le domaine de la pédagogie au niveau tertiaire en proposant un cours complet, certifié, en ligne et gratuit.

Le projet pilote MITx permet aux étudiants, quel que soit leur âge, leur pays de résidence ou leur formation préalable, d’obtenir un certificat attestant de la réussite d’un cours d’introduction en ingénierie électronique. Les cours et les examens sont réalisés exclusivement en ligne à l’aide de vidéos, de supports numérisés et d’outils divers issus d’applications eLearning. Des enseignants humains sont à disposition des étudiants, par voie de communication électronique (e-mail, salon de chat, etc …) ou sur site, afin de répondre aux questions.

Même si nous restons encore au stade expérimental, l’idée du MIT va plus loin que la mise à disposition de l’ensemble de ses supports de cours gratuitement sur internet. Ce projet devrait inviter la totalité du tissu universitaire à s’interroger sur ses méthodes et son fonctionnement. Assurément, il représente une sérieuse aubaine pour la démocratisation des études.

Les institutions de niveau tertiaire suisses rencontrent essentiellement deux problèmes qui tendent à s’amplifier naturellement avec l’augmentation constante du nombre d’étudiants.

  1. Les locaux, tant pour délivrer les cours que pour loger les élèves, ne sont plus disponibles en quantité suffisante
  2. Le nombre d’enseignant et de personnel de support administratif ne peut pas toujours suivre correctement l’augmentation des effectifs pour plusieurs raisons essentiellement liées à la nature “Etatique” de leur poste

En partant du principe que nous n’allons pas libéraliser les études tertiaires dans un futur proche, nous pouvons voir le projet du MIT d’un très bon oeil.

Effectivement, en proposant des pans entiers de cursus en ligne, le temps de présence des étudiants sur site se verrait fortement réduit. Même si la méthode n’était appliquée que partiellement, car, par exemple, des travaux de laboratoire ne peuvent se réaliser à la maison, elle offrirait une certaine souplesse dans l’aménagement des horaires des écoles et favoriserait les échanges entre les universités.

Le coût d’entrée n’est évidemment pas mince. Les enseignants devraient s’adapter à ces nouvelles formes de cours et de pédagogie avec une interactivité moins spontanée. Une “base de connaissance universitaire” pourrait se développer et s’alimenter. Elle correspondrait à une base de données centrale, reprenant toutes les questions déjà posées par des étudiants les années précédentes et les réponses qui furent données. Cette mesure réduirait d’autant plus le besoin de solliciter les enseignants qui resteraient tout de même à disposition comme dans le projet du MIT.

L’administration serait tenue de se transformer en véritable guichet virtuel. Certains processus de vérification et d’attestations, notamment pour l’identité des étudiants, seraient révisés de manière à éviter de certifier une personne qui ferait passer son examen par quelqu’un d’autre.

Quoi qu’il en soit, une automatisation partielle de l’université, car c’est bien de cela que l’on parle, permettrait de réduire l’impact de l’augmentation du nombre d’étudiants sur le personnel administratif. Elle laisserait plus de temps aux professeurs pour exercer leurs autres activités, en particulier celles de recherches scientifiques.

Naturellement, en diminuant simultanément le rapport du besoin d’infrastructures et de personnel vis-à-vis du nombre d’universitaires, le coût par étudiant se réduit naturellement. Les dépenses que doit assumer chaque élève pour ses déplacements, son logement et sa nourriture, se réduisent aussi.

A l’heure où les débats sur les taxes universitaires, le rôle des hautes écoles pédagogiques et les coûts de l’éducation de manière générale font rage parmi les politiques, il est peut-être temps de repenser entièrement le système. L’idée du MIT, associée avec les réformes suffisantes en matière de politique numérique, pourrait positionner la Suisse à l’avant-garde mondiale de la formation.

Manifestement, le projet du MIT, provenant des Etats-Unis, pourrait être fortement ralenti par la volonté du gouvernement américain de contrôler à l’excès les échanges sur internet avec des lois comme CISPA. Les questions liées au droit d’auteur ne concernent pas que les fichiers musicaux et autres oeuvres cinématographiques, mais aussi les publications scientifiques et le partage des connaissances. Des règlementations trop restrictives dans ces domaines sont aussi néfastes pour l’innovation qu’une trop grande permissivité.

Espérons que la Suisse sera suffisamment intelligente pour ne pas sombrer dans le syndrome de “règlementite” aiguë de ses réseaux d’informations et qu’elle saura ouvrir ses portes à la pédagogie de demain. Nous avons toutes et tous à y gagner.

Cet article a été publié dans Education et formation, Politique générale.
Bookmarker le permalien. Laisser un commentaire ou faire un trackback : URL de trackback.

Laisser un commentaire

Votre e-mail ne sera jamais publié ni communiqué. Les champs obligatoires sont indiqués par *

*
*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>