Fonctionnaire et libéral, antinomie ?

Aujourd’hui, alors que je publiais un message libéral sur les réseaux sociaux afin de convaincre les électeurs de voter pour mon parti politique, plusieurs personnes ont jugé étrange, voire “gonflé”, qu’un fonctionnaire se permette de critiquer l’Etat puisqu’il est employé par ce dernier.

Je suis, premièrement, surpris que l’on considère ma position “gonflée”. Il ne me semble pas, lorsque les fonctionnaires, ou tout employé du secteur privé syndiqué se révoltent contre ses employeurs en descendant dans les rues, que l’on dise d’eux qu’ils sont gonflés. Pourtant, ces personnes, tout comme moi, critiquent ouvertement ceux qui leur donnent du travail. Ma position antiétatiste, à défaut d’être “gonflée”, pourrait être jugée “masochiste”, puisque j’appelle à une diminution de l’envergure de mon employeur, donc indirectement je remets en cause ma propre place de travail.

Un fonctionnaire libéral serait donc masochiste ? Un tout petit peu, lorsque l’on considère à quel point “l’establishement” de gauche qui détient la fonction publique vous méprise quand vous osez émettre une opinion contraire à l’idéologie qui veut des processus bureaucratiques complexes et la réduction de toutes personnes s’adressant au service public au rang d’assisté complet.

Quoi qu’il en soit, ma prise de position appelait l’Etat Vaudois ou Suisse à un retour à ses tâches premières. C’est à dessein que j’ai parlé de “tâches premières” plutôt que de “tâches régaliennes” comme certains libéraux classiques le voudraient.

Ces tâches premières sont, de mon point de vue:

  • Garantir le respect des libertés individuelles de chaque citoyen (justice et police)
  • Protéger les citoyens contre toute atteinte intérieure ou extérieure à leur intégrité physique (sécurité militaire, protection civile, pompiers, ambulances et hôpitaux)
  • Fournir et entretenir les infrastructures de base qui ne présentent pas de valeur ajoutée ou du moins ne permettraient pas d’établir une concurrence cohérente si gérées par des privés (routes, chemin de fer, réseau électrique, réseau de télécommunication, etc …)
  • Offrir un minimum de filet social lorsqu’aucune association privée n’est présente pour prendre en charge des catégories de personnes démunies ou en difficultés quelconques.
  • Par extension au point précédent: Assurer que tous les jeunes puissent obtenir une instruction suffisante pour gagner le savoir nécessaire à l’exercice de leur droit et devoir ainsi que la capacité à exercer au moins un métier.

En tant qu’informaticien à la HEP, mon poste se justifie dans ce dernier point. J’estime même qu’il est payé à sa juste valeur, que les francs, que je pourrais gagner en plus dans le secteur privé pour le même travail, sont compensés par d’autres avantages liés à la fonction publique. Cela ne m’empêche pas de penser que l’Etat, aujourd’hui, sort prodigieusement des limites indiquées ci-dessus et cela n’est “gonflé” en rien du tout.

J’ajouterais que ma sensibilité libérale me rappelle que chaque jour de travail et chaque décision impliquant des dépenses se font sur le dos des contribuables. Ainsi, je m’assure, le plus possible, que mes tâches soient accomplies avec efficacité et que les coûts soient réellement justifiés.

Cet article a été publié dans Coup de gueule.
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2 Commentaires

  1. Publié le 20 février 2012 à 7:51 | Permalien

    Il y a quand même une nette différence entre “critiquer l’Etat”, ce que, je te l’accorde, tout le monde peut (et doit) faire, y compris les fonctionnaires et prétendre que l’Etat est un système dans lequel “tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde”, alors que, par ton statut de salarié de l’Etat, tu en… vis!
    Cela dit, je suis ravis de savoir que tu ne comptes pas aux rangs des ultralibéraux et que tu défends certaines tâches de l’Etat qui sont loin d’aller de soi dans ton parti.

  2. Nicolas Marrel
    Publié le 27 juillet 2012 à 2:30 | Permalien

    Remarque Jeremy, les HEP pourrait parfaitement être gérée de façon privée mais par le biais d’un financement public dans la même veine que les “charter school” (pour la scolarité obligatoire).

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