“Sauver Lavaux III” manque sa cible

L’initiative “Sauver Lavaux III” souhaite protéger le paysage de la région de Lavaux, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Les initiants estiment que la pression immobilière sur la région est trop importante et craignent un bétonnage massif des territoires viticoles, agricoles et ruraux ainsi que des atteintes aux terrains bordant ces zones. Finalement, l’initiative souhaite maintenir et soutenir l’activité viticole traditionnelle de la région.

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La solution proposée se résume simplement: interdire toutes nouvelles constructions, sauf souterraines, dans les villages et limiter fortement les transformations de l’existant; limiter très fortement les constructions dans les zones bordant les localités plus importantes (zone d’agglomérations I et II) et créer une nouvelle zone dite “de voisinage” soumise à des limitations supplémentaires. La mise en oeuvre de cette dernière serait exclusivement dans les mains du canton, en particulier dans celles du SDT (Service du développement territorial) réputé pour sa souplesse légendaire et son jugement généralement pertinent.

Les communes de Lavaux seront totalement exclues du processus de mise en oeuvre, tout au plus les Municipalités seront réduites au rôle de lobbyiste auprès du Grand Conseil durant les 5 ans mis à disposition pour redessiner la carte des zones de Lavaux. A noter que durant ces années de dessin, toute nouvelle construction est exclue sauf cas exceptionnel et de petite importance décidé par le SDT. Sans l’expliciter, l’initiative impose un moratoire d’une durée maximum de 5 ans.

Ce simple résumé met de côté les quelques détails sur lesquels juristes, initiants, opposants et politiques ne se sont toujours pas mis d’accord, mais la substance est là. Elle permet d’approfondir la réflexion pour déterminer si les propositions de l’initiative sont vraiment adaptées aux problèmes qu’elle souhaite résoudre sans en induire des nouveaux.

Il est clair que la pression immobilière pour de nouveaux bâtiments d’habitation sera réduite une fois que tout ce qui serait encore constructible sera définitivement construit. En terme de spéculation, l’on peut tout de même s’attendre à ce qu’elle soit particulièrement active le temps que le canton finisse de redessiner la carte.

Cependant, Lavaux est aussi une région vivant d’une économie principalement viticole, mais aussi touristique et artisanale. En particulier viticulture et tourisme font bon ménage, et le feront encore plus à l’avenir dans le cadre du projet “Oenotourisme Vaud” lancé récemment. Le développement de ces activités impliquera nécessairement de nouvelles constructions dont rien ne dit qu’elles auraient forcément un impact négatif sur le paysage. L’initiative les forces à être enterrées ou alors les renvoie à des zones qui ne sont pas forcément les plus adaptées.

En terme d’analyse économique, l’initiative augmente donc le coût d’opportunité de tout développement des activités commerciales de la région. Devant cette augmentation, les agents économiques pourraient faire des choix nuisibles à la région, comme simplement vendre leur patrimoine à forte valeur ajoutée et prendre une retraite bien méritée dans d’autres régions plus abordables.

Effectivement, c’est le deuxième effet “kisskool” de la fin de la pression immobilière voulue par l’initiative. Une fois celle-ci éteinte sur les terrains constructibles, elle ne peut que s’étendre sur les bâtiments existants. Il s’agit là d’une simple mise en application de la loi de l’offre et de la demande. La valeur des bâtiments construits prendra l’ascenseur. Lorsqu’elle dépassera amplement le potentiel de retour sur investissement d’une activité commerciale classique, les petits entrepreneurs, dont les vignerons font partie, n’auront plus qu’à devenir eux-mêmes agents immobiliers. Ou alors ils revendront comme évoqué plus haut.

Des maisons vigneronnes dans les mains de riches propriétaires à louer à des loyers prohibitifs, des vignes exploitées directement par les grosses entreprises vinicoles, voilà le résultat auquel on peut s’attendre à moyen terme. Adieu la diversité des productions locales ! Adieu l’accueil des visiteurs étrangers ou même Suisse dans les locaux des vignerons ! Comme soutien aux vignerons, on peut faire mieux …

Finalement, concernant la protection du paysage. Souvent, ce n’est pas le fait de construire qui pose problème, mais les qualités architecturales de la construction et son intégration dans l’environnement. A ce titre, les villages et hameaux de Lavaux sont déjà largement protégés par la loi contre des constructions iconoclastes (LLavaux, art. 18) et l’initiative maintient ce texte pratiquement tel quel. Concernant les zones d’agglomérations où l’on retrouve l’essentiel des villas et constructions portant déjà aujourd’hui atteinte au paysage, l’initiative ne modifie aucunement la loi en vigueur de manière à les empêcher.

Cependant, le Grand Conseil, lors d’une précédente révision de la loi, a instauré une commission consultative de Lavaux, composée d’acteurs régionaux, de spécialistes en urbanisme et en protection du paysage ainsi que d’un représentant du canton (LLavaux, art. 5a). Cette commission est consultée par le SDT lors des mises à l’enquête pour valider l’intégration de la construction dans le site, ce qui permettra d’éviter de nouvelles aberrations architecturales. Relevons que lors de son entrée en vigueur, l’initiative aura pour effet de supprimer cette commission puisqu’elle ne la prévoit pas.

Non seulement l’initiative “Sauver Lavaux III” n’apporte rien en terme de protection du paysage, mais en plus elle supprime certaines mesures existantes. En ajoutant les risques qu’elle fait peser sur le tissu économique de Lavaux, il est recommandé de la refuser dans les urnes le 18 mai prochain.

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Plus de logements et sans mitage

Avec l’acceptation de la LAT et l’augmentation constante de la population, la politique du logement est un véritable casse-tête pour les autorités cantonales. Ces dernières doivent fournir des plans relevant le défi de permettre l’offre d’un plus grand nombre de logements tout en minimisant l’impact sur le paysage.

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Jusqu’à présent, et spécialement suite à l’acceptation de la LAT, la stratégie adoptée recherche une densification dans les lieux déjà fortement construits. Le territoire est ainsi découpé en zones à bâtir, proches des villes et des villages et en zones non constructibles (agricoles, forêts, etc.) situées dans les régions périphériques et cultivées.

Néanmoins, la technique du découpage en zones ne tient pas automatiquement compte des réalités du terrain. Durant les dernières décennies, les hameaux et villages se sont agrandis au point de toucher de toute part les limites de zones non constructibles. Ces zones ne sont pas, pour autant, vierges de toutes constructions. Les exploitations agricoles ont besoin de bâtiments pour stocker des marchandises et des machines ou encore abriter les animaux.

Cependant, le paysage économique de l’agriculture change. Les plus petites exploitations se rassemblent ou sont rachetées dans des objectifs de rationalisation et d’industrialisation du secteur. Ce mouvement conduit à l’abandon ou la sous-utilisation de bâtiments existants dans des zones non constructibles pour du logement. Ces constructions déjà présentes et inutilisées pourraient être transformées en appartements sans porter atteinte au paysage.

De telles opportunités seraient profitables à toutes et tous. Elles accroitraient l’offre de logement dans un canton où la pénurie sévit fortement, conduisant à une augmentation généralisée des prix de l’immobilier. Pour les agriculteurs, disposer de locataires leur permettrait de générer des revenus supplémentaires et nécessaires en regard des difficultés économiques de la branche.

Fort de ce constat, le député PLR de Lavaux-Oron, Jean-Marc Genton, a déposé une motion pour que le gouvernement vaudois envisage d’adapter le plan directeur cantonal aux réalités exprimées ci-dessus. Le dépôt de cette motion correspond avec les espoirs d’un changement de cap politique suite aux remaniements des directions de départements au sein du Conseil d’Etat. Effectivement, la PLR Jacqueline De Quattro reprendra la charge de l’aménagement du territoire dès 2014. Ces deux événements, ainsi que d’autres, s’inscrivent dans la droite ligne du PLR qui insistait sur sa volonté d’agir pour le logement lors de sa rentrée politique cet été.

Espérons que Mme. De Quattro pourra mettre de l’ordre au sein du Service du développement du territorial (SDT) dont l’action est réputée pour son arbitraire et son incohérence vis-à-vis des besoins de la population; le cas de l’Auberge du Rosex étant un exemple parmis d’autres. Sans une politique d’aménagement du territoire cohérente, réfléchie et respectant la volonté populaire, le secteur de l’immobilier est condamné dans le canton de Vaud. Il va de soit que les victimes ne seront pas les gérances, ni les propriétaires existants, mais bel et bien celles et ceux qui cherchent simplement à se loger.

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Bitcoin, la monnaie qui dérange

Les récents soubresauts de la valeur de change du Bitcoin (BTC) ont conduit les médias et les politiques et les à s’intéresser de plus près à ce phénomène. Un conseiller national a récemment déposé un postulat demandant au conseil fédéral d’étudier le sujet. Les banques nationales frémissent face à cette concurrence malvenue en période de politique monétaire “accommodante”. Ainsi, la banque de France se fend d’un communiqué mettant en garde contre les dangers de la monnaie virtuelle. Les banques commerciales ne sont pas en reste, biberonnées en particulier par la FED, elles s’attaquent frontalement à ceux qui oseraient réaliser des transactions avec des Bitcoins. En résumé, pendant que les acteurs politiques s’interrogent, la nomenklatura de la haute finance s’active à présenter le Bitcoin comme l’incarnation du diable et s’apprête à utiliser toutes ses munitions pour le descendre en flèche.

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Avant que la pléthore de fonctionnaires fédéraux bardés de diplômes ne réponde au postulat susmentionné, il risque de s’écouler quelques mois, voire des années. Ainsi, regardons de plus près les craintes du politique et tentons d’y répondre plus rapidement. Le postulat suppose que le Bitcoin est très volatile, faciliterait le blanchiment d’argent, menacerait le système financier et fonctionnerait selon une pyramide de Ponzi. Un blogueur libéral répond déjà partiellement à ces accusations en un paragraphe:

Autre grief : cette vilaine monnaie alternative ne garantirait d’aucun remboursement lors d’un achat, serait utilisé par des mafieux, peut être refusée lors d’un achat par un commerçant suspicieux (si, cela existe !) et surtout, alimenterait la spéculation. Il est vrai que le non remboursement lors d’un achat en euro, cela ne s’est jamais vu, que les billets de 500€ ne sont jamais utilisés par les gangs de trafiquants divers, que ces mêmes billets sont acceptés partout en zone Euro (mais si, c’est l’article 642‑3 du Code pénal qui le dit, et d’abord on ne peut pas le refuser nan mais), et qu’il n’y actuellement aucune spéculation à la hausse ou à la baisse sur l’euro comparé au dollar, au yen ou à la livre anglaise. Vraiment, ce bitcoin est très particulier.

Reste à répondre à la problématique supposée du “jeu de l’avion”. Le Bitcoin est une monnaie déflationniste. Elle est souvent comparée à l’or qui possède cette propriété dans le sens que la création monétaire infinie est impossible. Le précieux minerai existe en une certaine quantité sur Terre, il deviendra de plus en plus difficile de trouver de nouveaux filons à miner jusqu’au jour où les stocks auront été intégralement extraits. Il en va de même pour le Bitcoin dont le nombre maximal est connu: 21 millions, ni plus, ni moins.

Cependant, ce nombre maximal, tout comme l’or, doit être miné. C’est ce processus de minage, entre autres, qui qualifie le Bitcoin de “cryptomonnaie”. Effectivement, pour pouvoir obtenir un Bitcoin par minage, votre ordinateur va devoir résoudre une série d’exercices cryptographiques. Ces exercices, en terme de puissance de calcul nécessaire, étaient faciles à résoudre pour extraire les premiers BTC et deviennent de plus en plus difficiles. Tout comme une mine d’or est plus facile à exploiter au début qu’à la fin. Cette augmentation de difficulté est naturelle et sa courbe est connue publiquement. Elle a été implémentée génétiquement par le créateur du Bitcoin et n’est pas modifiable.

Ainsi, il est vrai que les nouveaux arrivants auront plus de difficultés à obtenir des Bitcoin. Cependant, il n’y a pas d’enrichissement des premiers mineurs, ou du créateur du système, aux dépens de nouveaux mineurs. Ceux qui ont pu acquérir leurs premiers BTC en quelques heures il y’a deux ans, quand l’exercice cryptographique était très simple à résoudre, se retrouvent aujourd’hui devant les mêmes difficultés que les autres pour miner des nouveaux BTC.

En réalité, la nature déflationniste et décentralisée du système Bitcoin le rend complètement étranger aux mécanismes d’une pyramide de Ponzi. On ne peut pas en dire autant de nos monnaies d’Etat, réputées sûres et régulées, mais contrôlées par une entité centrale au sommet très accommodante avec les premiers arrivants que sont les banques et qui ne paient pas le contrecoup de l’inflation, à la différence des citoyens en bas de l’échelle.

Tout comme l’échange “peer to peer” de fichiers devrait amener l’industrie culturelle à revoir son modèle, le Bitcoin, pour autant qu’on le laisse vivre, devrait conduire les acteurs de la finance à s’adapter à un “nouveau” paradigme monétaire plus sûr et plus fiable que l’actuel. Internet est une technologie dont l’évolution permet de réduire drastiquement le nombre d’intermédiaires commerciaux. Si Bitcoin n’y parvient pas pour la monnaie, suite à une réaction de peur des Etats, vous pouvez être certain que d’autres y arriveront plus tard, ce n’est qu’une question de temps.

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