Jérémy Berthet
30avr/120

Université automatique: Démocratisation des études ?

Le 5 mars dernier, le MIT (Massachusetts Institute of Technology) innovait dans le domaine de la pédagogie au niveau tertiaire en proposant un cours complet, certifié, en ligne et gratuit.

Le projet pilote MITx permet aux étudiants, quel que soit leur âge, leur pays de résidence ou leur formation préalable, d'obtenir un certificat attestant de la réussite d'un cours d'introduction en ingénierie électronique. Les cours et les examens sont réalisés exclusivement en ligne à l'aide de vidéos, de supports numérisés et d'outils divers issus d'applications eLearning. Des enseignants humains sont à disposition des étudiants, par voie de communication électronique (e-mail, salon de chat, etc ...) ou sur site, afin de répondre aux questions.

Même si nous restons encore au stade expérimental, l'idée du MIT va plus loin que la mise à disposition de l'ensemble de ses supports de cours gratuitement sur internet. Ce projet devrait inviter la totalité du tissu universitaire à s'interroger sur ses méthodes et son fonctionnement. Assurément, il représente une sérieuse aubaine pour la démocratisation des études.

Les institutions de niveau tertiaire suisses rencontrent essentiellement deux problèmes qui tendent à s'amplifier naturellement avec l'augmentation constante du nombre d'étudiants.

  1. Les locaux, tant pour délivrer les cours que pour loger les élèves, ne sont plus disponibles en quantité suffisante
  2. Le nombre d'enseignant et de personnel de support administratif ne peut pas toujours suivre correctement l'augmentation des effectifs pour plusieurs raisons essentiellement liées à la nature "Etatique" de leur poste

En partant du principe que nous n'allons pas libéraliser les études tertiaires dans un futur proche, nous pouvons voir le projet du MIT d'un très bon oeil.

Effectivement, en proposant des pans entiers de cursus en ligne, le temps de présence des étudiants sur site se verrait fortement réduit. Même si la méthode n'était appliquée que partiellement, car, par exemple, des travaux de laboratoire ne peuvent se réaliser à la maison, elle offrirait une certaine souplesse dans l'aménagement des horaires des écoles et favoriserait les échanges entre les universités.

Le coût d'entrée n'est évidemment pas mince. Les enseignants devraient s'adapter à ces nouvelles formes de cours et de pédagogie avec une interactivité moins spontanée. Une "base de connaissance universitaire" pourrait se développer et s'alimenter. Elle correspondrait à une base de données centrale, reprenant toutes les questions déjà posées par des étudiants les années précédentes et les réponses qui furent données. Cette mesure réduirait d'autant plus le besoin de solliciter les enseignants qui resteraient tout de même à disposition comme dans le projet du MIT.

L'administration serait tenue de se transformer en véritable guichet virtuel. Certains processus de vérification et d'attestations, notamment pour l'identité des étudiants, seraient révisés de manière à éviter de certifier une personne qui ferait passer son examen par quelqu'un d'autre.

Quoi qu'il en soit, une automatisation partielle de l'université, car c'est bien de cela que l'on parle, permettrait de réduire l'impact de l'augmentation du nombre d'étudiants sur le personnel administratif. Elle laisserait plus de temps aux professeurs pour exercer leurs autres activités, en particulier celles de recherches scientifiques.

Naturellement, en diminuant simultanément le rapport du besoin d’infrastructures et de personnel vis-à-vis du nombre d'universitaires, le coût par étudiant se réduit naturellement. Les dépenses que doit assumer chaque élève pour ses déplacements, son logement et sa nourriture, se réduisent aussi.

A l'heure où les débats sur les taxes universitaires, le rôle des hautes écoles pédagogiques et les coûts de l'éducation de manière générale font rage parmi les politiques, il est peut-être temps de repenser entièrement le système. L'idée du MIT, associée avec les réformes suffisantes en matière de politique numérique, pourrait positionner la Suisse à l'avant-garde mondiale de la formation.

Manifestement, le projet du MIT, provenant des Etats-Unis, pourrait être fortement ralenti par la volonté du gouvernement américain de contrôler à l'excès les échanges sur internet avec des lois comme CISPA. Les questions liées au droit d'auteur ne concernent pas que les fichiers musicaux et autres oeuvres cinématographiques, mais aussi les publications scientifiques et le partage des connaissances. Des règlementations trop restrictives dans ces domaines sont aussi néfastes pour l'innovation qu'une trop grande permissivité.

Espérons que la Suisse sera suffisamment intelligente pour ne pas sombrer dans le syndrome de "règlementite" aiguë de ses réseaux d'informations et qu'elle saura ouvrir ses portes à la pédagogie de demain. Nous avons toutes et tous à y gagner.

9avr/121

eVoting : A quand l’accident ?

Depuis les votations du 11 mars dernier, le débat sur la volonté d'offrir le vote par internet aux Suisses a resurgi sous plusieurs formes:

  • Une lettre ouverte du Parti Pirate à l'attention des chancelleries et parlementaires suisses le 14 mars.
  • Un débat organisé par la RTS dans sa nouvelle émission En Ligne Directe le 16 mars.
  • Divers articles sur des blogs, dans les journaux, etc ...

En cause, le communiqué de la confédération qui déclare ni plus, ni moins, qu'une personne a pu voter 2 fois par internet, mais que fort heureusement ... son double vote a pu être corrigé !

De cette information, on en déduit directement deux choses qui me paraissent particulièrement choquantes:

  1. Au moins une personne a pu voter 2 fois
  2. Au moins une personne a accès de manière centralisée aux votes et peut les modifier le cas échéant

Ces deux éléments rapportent à la fois une remise en question de l'intégrité des résultats d'une votation réalisée par voie électronique et une potentielle atteinte flagrante à l'anonymat du vote.

Plutôt que de tenter de minimiser l'impact de l'incident, l'on aurait pu attendre des autorités fédérales et cantonales concernées qu'elles remettent en question le système déployé pour assurer ces votes électroniques. Il aurait paru normal que le cours des choses soit ralenti donnant suite aux revendications pour plus de transparence et d'ouverture aux expertises du Parti Pirate.

Raté ! Non content d'avoir une foi aveugle dans le système et d'ignorer la lettre ouverte, pourtant cosignée par le président de l'UDC, Toni Brünner et le président du groupe parlementaire Verts, Antonio Hodgers, le conseil fédéral nous annonce qu'il allège les limites de participation aux votations par voie électronique. Il autorise, en particulier, 30% des votants pour Genève et Neuchâtel à passer par l'eVoting le 17 juin prochain contre 20% jusqu'à présent.

Si cette levée du seuil n'a encore que peu d'impact sur le plan fédéral, il n'en reste pas moins préoccupant sur le plan cantonal (4 objets cantonaux à Genève). Effectivement, loin de considérer les problèmes et risques de sécurités technologiques liés au vote électronique, il suffit de s'attarder quelques instants sur le risque humain.

L'incident du 11 mars dernier nous prouve que l'entier du système actuel repose sur l'intégrité morale de quelques informaticiens qui ont la possibilité d'intervenir directement sur les votes. Une responsabilité morale et un secret de fonction que l'informaticien incriminé dans l'affaire Hildebrand avait aussi, pour ne remémorer que ce récent scandale.

Mon propos n'est pas de critiquer les informaticiens, l'étant moi-même, mais au contraire de rappeler qu'ils sont tout aussi humain que n'importe quel citoyen de ce pays et donc loin d'être infaillible. Il y'a donc un réel danger pour l'intégrité du vote démocratique, les résultats pouvant potentiellement être détournés à hauteur de 30% des voix pour Genève en juin prochain. Visiblement, la confédération ne semble pas s'en inquiéter le moins du monde.

Comme d'habitude, devrons-nous attendre l'accident pour que nos élus réagissent ? Peut-être ... sauf que dans le cas présent, l'accident pourrait être parfaitement indécelable et compromettre le destin d'un canton ou d'un pays entier.

20fév/121

Fonctionnaire et libéral, antinomie ?

Aujourd'hui, alors que je publiais un message libéral sur les réseaux sociaux afin de convaincre les électeurs de voter pour mon parti politique, plusieurs personnes ont jugé étrange, voire "gonflé", qu'un fonctionnaire se permette de critiquer l'Etat puisqu'il est employé par ce dernier.

Je suis, premièrement, surpris que l'on considère ma position "gonflée". Il ne me semble pas, lorsque les fonctionnaires, ou tout employé du secteur privé syndiqué se révoltent contre ses employeurs en descendant dans les rues, que l'on dise d'eux qu'ils sont gonflés. Pourtant, ces personnes, tout comme moi, critiquent ouvertement ceux qui leur donnent du travail. Ma position antiétatiste, à défaut d'être "gonflée", pourrait être jugée "masochiste", puisque j'appelle à une diminution de l’envergure de mon employeur, donc indirectement je remets en cause ma propre place de travail.

Un fonctionnaire libéral serait donc masochiste ? Un tout petit peu, lorsque l'on considère à quel point "l'establishement" de gauche qui détient la fonction publique vous méprise quand vous osez émettre une opinion contraire à l'idéologie qui veut des processus bureaucratiques complexes et la réduction de toutes personnes s'adressant au service public au rang d'assisté complet.

Quoi qu'il en soit, ma prise de position appelait l'Etat Vaudois ou Suisse à un retour à ses tâches premières. C'est à dessein que j'ai parlé de "tâches premières" plutôt que de "tâches régaliennes" comme certains libéraux classiques le voudraient.

Ces tâches premières sont, de mon point de vue:

  • Garantir le respect des libertés individuelles de chaque citoyen (justice et police)
  • Protéger les citoyens contre toute atteinte intérieure ou extérieure à leur intégrité physique (sécurité militaire, protection civile, pompiers, ambulances et hôpitaux)
  • Fournir et entretenir les infrastructures de base qui ne présentent pas de valeur ajoutée ou du moins ne permettraient pas d'établir une concurrence cohérente si gérées par des privés (routes, chemin de fer, réseau électrique, réseau de télécommunication, etc ...)
  • Offrir un minimum de filet social lorsqu’aucune association privée n'est présente pour prendre en charge des catégories de personnes démunies ou en difficultés quelconques.
  • Par extension au point précédent: Assurer que tous les jeunes puissent obtenir une instruction suffisante pour gagner le savoir nécessaire à l'exercice de leur droit et devoir ainsi que la capacité à exercer au moins un métier.

En tant qu'informaticien à la HEP, mon poste se justifie dans ce dernier point. J'estime même qu'il est payé à sa juste valeur, que les francs, que je pourrais gagner en plus dans le secteur privé pour le même travail, sont compensés par d'autres avantages liés à la fonction publique. Cela ne m'empêche pas de penser que l'Etat, aujourd'hui, sort prodigieusement des limites indiquées ci-dessus et cela n'est "gonflé" en rien du tout.

J'ajouterais que ma sensibilité libérale me rappelle que chaque jour de travail et chaque décision impliquant des dépenses se font sur le dos des contribuables. Ainsi, je m'assure, le plus possible, que mes tâches soient accomplies avec efficacité et que les coûts soient réellement justifiés.